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Les fascias : trame de vie

Une des prémisses les plus importantes dans toutes les approches alternatives, dont la massothérapie, est l’unité du corps. Pour assurer cette intégration, les grands systèmes ont leurs assistants pour maintenir l’homéostasie: sang, glandes et neurones. Mais qu’en est-il du système musculo-squelettique? Qui assure son unité et ses fonctions paradoxales de préserver la structure corporelle tout en permettant le mouvement?

Depuis les travaux de Ida Rolf sur le rôle structurel des fascias vers la fin des années 1920, un nouveau concept émerge, plus près de la réalité anatomo-physiologique et pourrait nous amener à parler du système myofascio-squelettique. Voyons plus en détails les différents aspects de ces tissus complexes et fascinants que sont les fascias.

 

1. Origine histologique

    Des 4 types de tissus qui compose le corps : épithélial, musculaire, nerveux, c’est le quatrième, le tissu conjonctif qui est le plus diversifié et le plus répandu. Le terme conjonctif (connnective en anglais) signifie qui sert à unir. Il est en quelque sorte l’homme-à-tout-faire du corps, formant sang, os, graisse, cartilages, ligaments et aussi les fascias. Sa composition chimique est la même, il n’y a que les proportions de ses ingrédients qui change, selon la fonction requise, par exemple le cartilage de l’oreille aura plus de fibres d’élastine que celui du genou.

      Les fascias auront ainsi une composition tissulaire précise qui leur confère une organisation spatiale spécifique, les amenant à devenir la trame structurelle supportant la vie des autres tissus. Cela leur permettra de remplir plusieurs fonctions essentielles tant au niveau osseux, musculaire, organique, cranio-sacré et énergétique.

2. Origine embryologique

fascia 3

Le développement cellulaire chez l’embryon s’agence rapidement en 3 couches distinctes, endoderme, mésoderme et ectoderme, d’où origineront chacune des différentes parties du corps. La couche du milieu, le mésoderme, donnera le tissu conjonctif et les fascias qui iront envelopper intimement chacune des autres structures naissantes : muscles, organes et nerfs.

 En plus du rôle de protection et de soutien, les fascias jouent un rôle primordial dans la formation des muscles. La pression des os qui poussent va faire agglutiner le tissu fascial primitif le long des lignes de force créant graduellement une densité de fascias mature liant les deux os adjacents en croissance. Puis à l’intérieur de cette masse conjonctive commence à se développer les cellules musculaires qui seront entièrement guidées dans leur expansion par le moule fascial. L’embryologie révélant la réalité anatomique, on devrait oublier l’image désuette de la prépondérance du muscle et son individualité pour concevoir les cellules musculaires comme des bourgeons germants dans l’arborescence fasciale qui unit l’humain des oreilles aux orteils.

 

3. Composition tissulaire

Tout comme le béton va avoir une composition variable en eau, sable, air, barre de torsion et ciment selon les besoins précis de chaque construction, le tissu conjonctif  va doser ses ingrédients selon l’usage requis. Ainsi, le fascia se compose de trois éléments : les cellules fibroblaste, la trame fibrillaire et la substance fondamentale, ces deux derniers formant la matrice.

fascia 1

 La trame fibrillaire contient trois sortes de fibres ayant chacune leurs caractéristiques : des fibres de collagène très résistantes et adhérentes, des fibres d’élastine de consistance élastique et résiliente ainsi que des fibres réticulées (de réseau), fines et orientées. La substance fondamentale contient des protéines, de l’eau et des sels minéraux.

Cette composition unique dote la matrice de deux qualités fondamentales pour remplir les fonctions essentielles de répartiteur des tensions du  système myofascio-squelettique. Bien qu’inélastique en tant que tissu isolé le fascia devient élastique et résilient grâce à son organisation spatiale en trame où les fibres forment une sorte de réseau de mailles. La structure ainsi formée confère au fascia une certaine souplesse en tant que volume déformable mais reprenant sa forme une fois les tensions allégées.    

Aussi, grâce à ses protéines, la substance fondamentale a une qualité que possède la synovie, à savoir la dixotropie ou la réaction à la température. Avec l’augmentation de la chaleur, les fines protéines du fascia passe de l’état de gel un peu figé à une consistance plus fluide. Cette capacité propre aux états colloïdaux (quatrième état de la matière) fait en sorte qu’une structure myofasciale saine, mobile ayant un apport sanguin normal se fluidifie et peut devenir donc plus souple et adaptable.

    4. Fonctions

          De par sa composition tissulaire et sa chimie malléable, le fascia est appelé à jouer de nombreux rôles dont celui de grand répartiteur des tensions biomécaniques corporelles. Il est la trame solide mais flexible sur laquelle les autres tissus se structurent pour effectuer leurs fonctions organiques plus spécialisées.

fascia 2

Voyons quelques unes de ses fonctions :

Maintien et unit la forme et la structure corporelle

Notre vision anatomique segmentée ne tient pas la route face à l’organisation unifiée des fascias et des os. Le tendon naît du périoste conjonctif entourant un os, s’évase englobant au passage des cellules musculaires, converge vers un autre os, se ramifie en tendon ou en aponévrose et enfin s’amalgame au périoste d’un os adjacent. Cette structure est constituée d’un seul morceau, du crâne aux orteils. Les différents noms donnés aux muscles n’ont pour but que de rendre compréhensible pour notre mental une réalité plus complexe et subtile.

 

Adaptation et organisation de la croissance

    Le mésoderme et les fascias guident les autres structures dans leur futur emplacement spatial et même les stimuler dans leurs futurs fonctions. Ce rôle est accomplit via les forces biomécaniques appliquées par  le tissu conjonctif sur les structures naissantes de l’embryon et est probablement orienté par le champ électromagnétique intrinsèque au corps vivant.

 

Harmonisation des forces biomécaniques

    Sa structure en trame et sa qualité colloïdale confèrent aux fascias la capacité d’adapter les tensions inhérentes aux mouvements de la vie. Cela se manifeste physiquement par la concentration, la redirection, la répartition, la stabilisation et l’amplification des tensions engendrées par la contraction de l’unité musculaire, la charge posturale ou le poids des organes. Cette capacité de répartir les tensions a par contre ses limites, le fascia se déformant lentement s’il est soumit à des contraintes permanentes (ou fluage).

    La fonction de répartiteur s’organise autour des cinq chaînes myofasciales, du système cranio-sacré et de tous les fascias supportant et unifiant les organes. Parce qu’ils vont unir chaque cellule dans leur intimité et qu’ils gardent l’engramme des traumatismes vécus, on peut dire que les fascias sont la mémoire de corps.

 

Rythme et fait communiquer les cellules

    De par sa continuité avec les membranes dure-mériennes, elles-mêmes rouage important du mouvement cranio-sacré, le fascia permet au flux et reflux du MRP (mécanisme respiratoire primaire) de se rendre jusqu’à l’intimité de chaque cellule. Cette rythmicité globale d’expansion et de rétraction anime les os de mouvements de rotation externe et interne, et est dû au cycle de production/résorption du liquide céphalo-rachidien qui envoie sa marée en tout points du corps via la trame fasciale.

           

Compartimente et permet le glissement

    Que ce soit entre les faisceaux d’un même muscle, 2 muscles ou groupes antagonistes, entre 2 organes aux mouvements différents, ou encore entre le contenu thoracique et le thorax, les fascias permettent autant de les séparer et ainsi individualiser ces structures que de favoriser le glissement de celles-ci pour leur mobilité ou leur direction différentes.

    Sans ces glissements fasciaux, la complexité et la subtilité des mouvements humains ne seraient pas possible. Selon les besoins, les fascias permettent les associations et dissociations de faisceaux, muscles et groupes musculaires, agonistes, antagonistes ou synergiques. Cette capacité englobe aussi une grande quantité de contact muscles/viscères, comme le fascia iliaca qui sépare le psoas-iliaque du gros intestin.

    5. Pathologie tissulaire et palpatoire

La loi de l’entropie de la physique moderne stipule que l’univers et ses éléments tendent au chaos. Tout saufs les êtres vivants qui, comme l’humain, ont la tendance inverse, à savoir organiser et structurer la matière en un ensemble vivant, ordonnée et dotée de mécanismes de contrôle et d’autorégulation. Mais pour chacun des systèmes corporels, les mécanismes d’adaptation peuvent être débordés, dysfonctionnels et entrer circuit pathologique auto-réverbérant ou cercle vicieux.

Pour les fascias, ce sont les tensions mécaniques anormales, chroniques, trop fortes ou trop répétitives qui peuvent entraîner un état de compensation et finalement une pathologie tissulaire. La détérioration se fait sur deux fronts : au niveau micro, la chimie des protéines fasciales et macro, la trame structurelle. Le stress mécanique créant une pression sur les capillaires sanguins, il y a réduction de la température locale et le passage à l’état colloïdal fluide étant bloqué, les protéines restent au stade de gel, plus visqueux et moins glissant. Aussi, soumis à une situation de plus grande tension prolongée, le fascia va réduire sa proportion de fibres élastiques pour augmenter les fibres plus fibreuses et résistantes, diminuant d’autant la configuration élastique de sa structure. À cela peut se rajouter la formation de micro-adhérences ainsi qu’un processus inflammatoire de réaction.

    À la palpation, on pourra objectiver ces changements pathologiques par le toucher des fascias, qui nous donnera une sensation de rigidité, d’augmentation de densité, d’épaississement, de perte d’élasticité, de résilience et de capacité de glissement. Un thérapeute utilisant des techniques myofasciales directes ou indirectes sera à même de modifier cet pathologie tissulaire en redonnant souplesse et fluidité aux fascias, coupant ainsi le cercle vicieux installé. Cet état peut être réversible et tout ou en partie selon la somme des facteurs causals présents : incrustation du phénomène, activités physiques, habitudes de vie, âge biologique, niveau de toxines global, prise en charge, etc.

 

             Nous espérons que ce survol des fascias vous apporte une vision élargie et plus globale de la réalité subtile que constitue l’être humain vivant, assemblage intelligent des systèmes complexes, le tout unifié dans un but d’évolution.

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